Lavrouchinski ou Krymski Val : comment choisir entre les deux sites de la Tretiakov

La Galerie Tretiakov s'est scindée en deux entités géographiques qui ne se remplacent pas : elles se complètent, chacune avec sa propre temporalité artistique. Le bâtiment historique de Lavrouchinski perpétue l'esprit du collectionneur Pavel Tretiakov, qui amassa patiemment, à partir de 1856, les œuvres jugées dignes de représenter l'âme russe. Son frère Sergueï, moins célèbre, collectionnait lui les maîtres européens ; leur réunion donna naissance à ce qui devint l'un des premiers musées publics de Moscou en 1892. La Nouvelle Galerie de Krymski Val, inaugurée bien plus tard, répond à une autre ambition : celle de faire dialoguer les ruptures du XXe siècle avec les questionnements contemporains.

À Lavrouchinski, on entre par le portail néo-russe que Viktor Vasnetsov dessina lui-même, et l'on plonge dans une chronologie vertigineuse. Les icônes d'Andreï Roublev dominent le parcours : sa Trinité, commandée au début du XVe siècle pour le monastère de la Trinité-Saint-Serge, y est présentée dans des conditions de conservation draconiennes. L'image des trois anges autour de la table, symbole de l'unité divine, a survécu aux incendies, aux déménagements forcés, aux projets de vente à l'étranger. Plus loin, les salles du XIXe siècle s'étalent avec cette profusion caractéristique des musées historiques russes : Aïvazovski et ses tempêtes lumineuses, Répine et ses portraits de la société post-réformiste, Chichkine et ses forêts monumentales, Sérov et ses élégantes à la mine défaite. Le choix de ce site s'impose si l'on cherche à comprendre ce que la Russie a voulu être avant les bouleversements de 1917.

Krymski Val, de l'autre côté de la Moskova, dans le parc de Gorki, propose une autre lecture. Vroubel y côtoie Kandinsky, Malevitch et les constructivistes. L'avant-garde russe, cette période brève et féconde entre 1910 et 1930, y trouve des salles qui lui rendent justice sans la réduire à ses seuls manifestes. Le bâtiment lui-même, conçu dans les années 1980 par les architectes I. Burni, V. Klimov et L. Misojnikov, offre des volumes industriels qui dialoguent avec l'art qu'ils abritent. On y vient moins nombreux qu'à Lavrouchinski, ce qui n'est pas un mince avantage.

La décision dépend de votre calendrier et de vos affinités. Disposer d'une journée entière permettrait l'aller-retour entre les deux sites, reliés par une vingtaine de minutes de métro ou de promenade le long de la rivière. Mais la plupart des visiteurs pressés opteront pour Lavrouchinski, faute de temps. Si vous ne deviez retenir qu'un critère pratique : les icônes et le XIXe siècle classique à Lavrouchinski, l'avant-garde et l'art soviétique à Krymski Val. Le billet standard à 500 roubles pour l'exposition permanente reste accessible, la gratuité pour les moins de 18 ans et la réduction étudiante ISIC de moitié allégeant la note pour les familles. Réserver en ligne sur la billetterie officielle du musée évite les files, particulièrement entre juin et septembre où les groupes s'accumulent devant les portiques de Zamoskvoretchié.

Les horaires du bâtiment historique, eux, méritent attention : ouvert de 10h à 18h les mardi, mercredi et dimanche, mais jusqu'à 21h les jeudi, vendredi et samedi. Le lundi, portes closes. Compter deux à trois heures pour en voir l'essentiel sans courir. Pour ceux qui envisagent un séjour structuré, intégrer cette visite dans un itinéraire de trois jours à Moscou permet d'enchaîner avec le quartier environnant, ses églises baroques et ses ruelles qui conservent une atmosphère de province malgré la proximité du centre. Quant aux questions pratiques de paiement sur place, les récentes évolutions du système bancaire russe imposent de se préparer en amont : notre guide sur les moyens de paiement en Russie détaille ce qu'il faut savoir avant de partir.

Le bâtiment historique de Lavrouchinski, trésor de l'art russe ancien et du XIXe siècle

Le bâtiment historique de la Galerie Tretiakov, niché dans le quartier de Zamoskvoretchie au 10 Lavrouchinski pereulok, porte encore l'empreinte de son fondateur. Pavel Tretiakov, marchand de textile moscovite, avait commencé dans les années 1850 à réunir des œuvres d'artistes vivants, convaincu que la peinture russe méritait un temple qui lui fut propre. Son intuition s'est avérée décisive : la collection, donnée à la ville de Moscou en 1892, constitue aujourd'hui le noyau dur de ce que les Russes appellent simplement la Tretiakovka, avec ses façades néo-russes qui évoquent plutôt une demeure boyarde qu'un musée institutionnel.

À l'intérieur, la progression chronologique impose son rythme. Les salles basses accueillent les icônes du XIe au XVIIe siècle, où la Trinité d'Andreï Roublev trône dans une quasi-solitude de médiatique. Cette image de l'Ancien Testament, peinte au début du XVe siècle pour le monastère de la Trinité-Saint-Serge, a survécu aux guerres, aux incendies, aux restaurations controversées. Le bleu des anges, le rose du manteau central, l'or qui semble vibrer de lumière propre : devant elle, la notion de chef-d'œuvre prend une densité presque physique. Mais la Tretiakovka n'est pas un monopole roublévien. Les primitifs de Novgorod, les icônes de Moscou, les œuvres de Théophane le Grec complètent un panorama de l'art sacré russe que peu de musées au monde peuvent égaler.

Le XIXe siècle occupe l'essentiel des étages supérieurs, et c'est là que la collection bascule dans un autre registre. Les Peredvizhniki, ces « itinérants » qui rompirent avec l'Académie de Saint-Pétersbourg pour peindre la Russie réelle, y trouvent leur sanctuaire. Kramskoï, Répine, Sourikov : leurs toiles monumentales — le Christ dans le désert, le Cosaque de la Zaporogue écrivant une lettre au sultan, le Matin de l'exécution des streltsy — fonctionnent comme autant de fenêtres ouvertes sur les angoisses et les fiertés de l'empire. À côté, les marines d'Aïvazovski, les forêts de Chichkine, les portraits de Sérov dessinent une Russie plus intime, moins didactique, où le talent technique sert une vision personnelle du monde.

La fréquentation du site exige quelques précautions. Les horaires 2026 découpent la semaine en deux régimes : du mardi au dimanche, le musée ouvre à 10 heures, mais les jours de fermeture à 18 heures alternent avec ceux où les salles restent accessibles jusqu'à 21 heures, les jeudis, vendredis et samedis. Le lundi, les portes restent closes. Le billet d'entrée pour l'exposition permanente s'établit à 500 roubles, la gratuité s'appliquant aux moins de 18 ans et la réduction de moitié aux étudiants munis de la carte ISIC. En haute saison, la billetterie en ligne du musée vaut mieux que les intermédiaires, dont les commissions et les contraintes horaires peuvent compliquer l'expérience. Compter deux à trois heures pour aborder l'essentiel sans courir ; les amateurs de peinture russe y passeront volontiers la journée entière.

Façade néo-russe du bâtiment historique de la Galerie Tretiakov à Moscou

Le bâtiment historique de Lavrouchinski, écrin des icônes et de la peinture russe du XIXe siècle

Le choix entre les deux sites de la Tretiakovka obéit à une logique simple. Si le bâtiment historique de Lavrouchinski recouvre la période du XIe siècle aux premières secousses du XXe, la Nouvelle Galerie de Krymski Val, de l'autre côté de la Moskova, prend le relais pour l'avant-garde et l'art contemporain. Vroubel, Kandinsky, Malevitch : leurs œuvres, absentes de Lavrouchinski, font de Krymski Val un complément indispensable pour qui veut comprendre la fulgurance de la modernité russe. Les deux établissements forment un ensemble, mais chacun mérite une visite à part entière, sans précipitation.

La Nouvelle Galerie de Krymski Val : Vroubel, Kandinsky, Malevitch et l'avant-garde russe

Le deuxième site de la Galerie Tretiakov occupe un bâtiment brutaliste de béton et de verre au bord du fleuve Moskova, à quelques stations de métro du centre. Contrairement à l'atmosphère feutrée du manoir de Lavrouchinski, la Nouvelle Galerie de Krymski Val frappe par ses volumes industriels et sa lumière crue. On y accède par un escalier monumental qui plonge le visiteur dans une séquence chronologique renversée : l'art soviétique et contemporain au rez-de-chaussée, puis remontée vers les avant-gardes du début du XXe siècle aux étages supérieurs. Cette disposition, peu commune, oblige à un effort de déambulation qui épouse la logique muséographique plutôt que celle de l'histoire.

C'est ici que se cachent les œuvres que le régime soviétique avait longtemps tenues à l'écart, quand il ne les avait pas purement interdites. L'art sacré et les icônes russes ont leur sanctuaire à Lavrouchinski, mais la modernité iconoclaste s'expose à Krymski Val sans filtre ni excuse. Les toiles de Vroubel, avec leurs craquelures volontaires et leurs figures aux yeux fendus, tranchent brutalement avec l'académisme du siècle précédent. Plus loin, les compositions de Kandinsky antérieures à son départ pour l'Allemagne en 1914 révèlent une palette encore ancrée dans le folklore moscovite, avant que la théorie ne dévore la matière. Le carré noir de Malevitch, exposé dans des conditions de lumière contrôlée, continue de provoquer cette irritation féconde que les conservateurs savent entretenir sans la cultiver.

L'avant-garde russe, ici, ne bénéficie d'aucune présentation édulcorée. Les constructivistes, les suprématistes, les productivistes s'affrontent dans des salles où le béton brut du bâtiment fait écho à leurs utopies matérielles. Les maquettes de Tatline pour la tour du Troisième Internationale, jamais construite, côtoient les photographies de Rodtchenko aux angles forcés. Le visiteur qui arriverait directement à Krymski Val sans passer par le bâtiment historique manquerait pourtant quelque chose d'essentiel : la compréhension de ce que ces artistes brisaient, de la pesanteur académique contre laquelle ils s'élevaient. La complémentarité des deux sites ne tient pas qu'à la répartition chronologique, elle concerne aussi cette dialectique entre tradition et rupture que le musée entier met en scène.

Les horaires de la Nouvelle Galerie suivent le même rythme que ceux du bâtiment historique, avec cette variante que le jeudi soir jusqu'à 21 heures permet d'éviter les cohortes scolaires. La billetterie commune aux deux sites, au prix de 500 roubles pour l'exposition permanente, invite à programmer une visite sur deux jours plutôt qu'à enchaîner les deux lieux en une seule journée épuisante. Pour qui dispose de peu de temps et doit choisir, la décision dépend de ses affinités : le XIXe siècle classique et les icônes à Lavrouchinski, la modernité agressive et les expérimentations formelles à Krymski Val. Il arrive que des expositions temporaires exceptionnelles déplacent cette balance, mais la structure permanente du musée ne varie guère.

Le quartier de Krymski Val, moins touristique que Zamoskvoretchie, offre l'avantage de la proximité avec le parc Gorki et la promenade du fleuve. Après trois heures face aux utopies déchues de l'avant-garde, cette promenade au bord de l'eau acquiert une résonance particulière. Le béton du musée, le béton des berges, le ciel gris de Moscou : la Nouvelle Galerie ne se visite pas dans le confort esthétique, elle exige une disponibilité au choc que le bâtiment historique, malgré ses chefs-d'œuvre, n'impose pas de la même manière. C'est peut-être là le signe le plus sûr que la Tretiakov a réussi son pari de scinder son identité sans la briser.

Les icônes d'Andreï Roublev : pourquoi la Trinité vaut le détour à elle seule

Le bâtiment historique de la Galerie Tretiakov, rue Lavrouchinski, s'ouvre sur l'une des expériences les plus saisissantes que puisse offrir Moscou. Dès le premier étage, dans les salles consacrées à l'art sacré, le visiteur bascule dans un univers où la lumière semble filtrer à travers des siècles de foi et de technique. C'est ici qu'Andreï Roublev a sa place de choix, et plus particulièrement avec l'icône de la Trinité, qu'il peignit au début du XVe siècle pour le monastère de la Trinité-Saint-Serge. Ce tableau, que l'on peut contempler dans un éclairage étudié qui respecte sa fragilité, justifie à lui seul le détour par le quartier Zamoskvoretchie.

La Trinité de Roublev ne ressemble à aucune autre représentation du sujet. Trois anges, assis autour d'une table, échangent un regard silencieux qui tient lieu de théologie. L'artiste a renoncé aux ornements dorés qui encombraient l'iconographie de son époque pour privilégier des tons ocres, bleus cendrés et rouges profonds. Le résultat frappe par sa sérénité presque austère, comme si la couleur elle-même avait été épurée jusqu'à ne plus véhiculer que l'essentiel. Les historiens de l'art s'accordent pour voir dans cette œuvre le sommet de la peinture d'icônes russe, ce moment où la tradition byzantine bascule dans une sensibilité proprement moscovite. Pour qui s'intéresse à l'art sacré et icônes russes, la confrontation avec l'original, après tant de reproductions, produit un effet de déjà-vu inversé : on croit connaître, et l'on découvre.

Roublev n'est pas le seul maître présent dans ces salles, mais il en constitue le noyau le plus dense. Les œuvres qui l'entourent, qu'elles soient antérieures ou postérieures, prennent sens en résonance avec sa démarche. On comprend alors que l'icône n'est pas seulement un objet de dévotion : elle est un système de pensée visuelle, avec ses lois de perspective inversée, ses échelles hiérarchiques, ses couleurs codifiées. La Galerie Tretiakov a conservé cette présentation chronologique qui permet de suivre l'évolution de l'art religieux russe du XIe au XVIIe siècle, des fresques primitives aux travaux des ateliers de Moscou et de Novgorod.

Le contraste avec les étages supérieurs, où s'étale la peinture du XIXe siècle, ne saurait être plus brutal. Pourtant, nombre de visiteurs rapportent que c'est précisément ce choc entre les deux univers qui fait la singularité du lieu. Après l'ascétisme des icônes, les toiles monumentales de Répine ou de Sourikov déploient une autre forme d'exigence, tournée vers le réel social et historique. Cette cohérence dans la manière de présenter l'art russe, du sacré au profane, fait du bâtiment historique une institution différente de la plupart des musées européens, où les disciplines restent plus cloisonnées. Ceux qui disposent de peu de temps à Moscou feront bien de consulter notre itinéraire Moscou 3 jours pour intégrer la Tretiakov sans sacrifier le reste de la ville.

La fréquentation de ces salles d'icônes varie considérablement selon les heures. Les groupes scolaires et les pèlerinages orthodoxes y circulent le matin, tandis que l'après-midi voit arriver les touristes étrangers. Pour une contemplation véritable de la Trinité, les dernières heures du jeudi, vendredi ou samedi — le musée ferme à 21h ces soirs-là — offrent une relative tranquillité. Il reste que la popularité de Roublev ne se dément pas : l'icône attire un flux continu de visiteurs qui se pressent parfois à plusieurs rangées devant le panneau de bois. Patience et plusieurs passages s'imposent. On sort de cette salle avec l'impression d'avoir touché quelque chose d'irréductible, une œuvre qui a traversé les incendies, les guerres, la confiscation soviétique, pour continuer de fixer le regard avec la même intensité muette.

Horaires, tarifs et réservation : organiser sa visite sans mauvaise surprise

ÉlémentBâtiment historique (Lavrouchinski)Nouvelle Galerie (Krymski Val)
CollectionIcônes, peinture russe du XIe au début du XXe siècleAvant-garde, art soviétique et contemporain
Œuvre phareLa Trinité d'Andreï RoublevVroubel, Kandinsky, Malevitch
Horaires10h-18h (mar/mer/dim), 10h-21h (jeu/ven/sam), fermé lundiHoraires similaires, à vérifier selon exposition
Billet plein tarif500 roublesGrille tarifaire propre à vérifier
Durée de visite conseillée2 à 3 heures2 à 3 heures

La Galerie Tretiakov fonctionne sur deux sites distincts, chacun avec ses propres rythmes. Le bâtiment historique de Lavrouchinski, dans le vieux quartier de Zamoskvoretchié, ouvre ses portes du mardi au dimanche avec des horaires qui varient selon les jours : de 10h à 18h les mardi, mercredi et dimanche, puis jusqu'à 21h le jeudi, vendredi et samedi. Le lundi, les salles restent closes. Cette amplitude horaire du week-end prolongé permet d'éviter les foules de l'après-midi en décalant sa visite en soirée, quand la lumière tamisée des salles d'icônes prend une dimension presque liturgique.

Le billet d'entrée pour l'exposition permanente du site historique s'affiche à 500 roubles en 2026. Les moins de 18 ans entrent gratuitement, tandis que les étudiants munis d'une carte ISIC bénéficient d'un tarif réduit de moitié. Pour la Nouvelle Galerie de Krymski Val, dédiée aux avant-gardes du XXe siècle et à l'art contemporain, les tarifs suivent une grille propre qu'il convient de vérifier séparément. Le choix entre les deux sites dépend de ses priorités : icônes de Roublev et art sacré russe, grandes toiles du XIXe siècle avec Repine, Aïvazovski ou Chichkine d'un côté ; Vroubel, Kandinsky, Malevitch et les expérimentations de l'avant-garde de l'autre. Beaucoup de visiteurs pressés optent pour le bâtiment historique, plus dense en chefs-d'œuvre immédiats.

La réservation en ligne n'est pas une option de confort, c'est une nécessité tangible dès que les beaux jours pointent. La billetterie officielle du musée demeure le canal le plus sûr ; les plateformes tierces multiplient les commissions et les contraintes d'annulation. En haute saison, les créneaux du matin disparaissent plusieurs jours à l'avance. L'achat sur place reste possible, mais le risque d'attente interminable ou de quota atteint pèse lourd sur un emploi du temps de voyageur.

Compter deux à trois heures pour le bâtiment historique si l'on vise l'essentiel sans s'épuiser. C'est un temps minimal : entre la Trinité de Roublev et les vastes compositions historiques du XIXe siècle, chaque salle tend à retenir plus longtemps que prévu. Ceux qui enchaînent les deux sites le même jour prennent le métro pour rejoindre Krymski Val, à quelques stations de là — le métro de Moscou mérite d'ailleurs qu'on y consacre un temps à part entière. Pour une première visite, mieux vaut privilégier la qualité à la quantité : le site historique se suffit amplement à une journée, surtout si l'on en profite pour flâner dans Zamoskvoretchié avant ou après.

Salle de la Nouvelle Galerie Tretiakov consacrée à l'avant-garde russe

La Nouvelle Galerie de Krymski Val, dédiée à l'art du XXe siècle

Quelques précisions d'usage : les sacs volumineux passent en consigne, la photographie sans flash est généralement tolérée dans les salles permanentes mais interdite dans les expositions temporaires. Le musée reste un lieu de passage obligé de tout séjour à Moscou, qu'il dure trois jours ou plus. Anticiper sa visite comme on prépare un rendez-vous important, avec de la marge et sans précipitation, c'est la seule manière de ne pas réduire cette collection exceptionnelle à une course entre salles.

Deux à trois heures dans le bâtiment historique : itinéraire pour une première visite

Le bâtiment historique de Lavrouchinski 10, dans le quartier de Zamoskvoretchié, reste le cœur battant de la Galerie Tretiakov. Pour une première visite, compter entre deux et trois heures permet d'en saisir l'essentiel sans s'épuiser. On y entre par la célèbre façade néo-russe, reconstruite au début du XXe siècle, et l'on remonte le fil de l'art russe des origines à la veille des bouleversements modernes.

Commencez par les salles d'icônes du XIe au XVIIe siècle. La Trinité d'Andreï Roublev, chef-d'œuvre incontournable de l'art sacré moscovite, y est exposée en permanence. Cette icône, peinte au début du XVe siècle pour le monastère de la Trinité-Saint-Serge, fascine par la sérénité de ses trois anges et la subtilité de sa palette ocre et verte. Prenez le temps de la regarder de près : les couches de tempera, les rehauts d'or, la composition pyramidale qui équilibre mystère et harmonie. Les salles voisines abritent d'autres témoins de la peinture d'église médiévale, moins célèbres mais tout aussi révélateurs des évolutions stylistiques entre Novgorod, Vladimir et Moscou.

Au deuxième étage, la peinture du XIXe siècle occupe des salles généreuses où l'on croise les noms qui ont forgé l'imaginaire russe. Aïvazovski et ses marines lumineuses, Chichkine et ses forêts de pins, Répine avec ses scènes de la vie quotidienne et ses portraits de la société de l'époque. Sourikov, Kramskoï, Sérov : chacun illustre une facette de ce siècle où l'art russe cherche son identité entre académisme européen et spécificité nationale. Les toiles sont denses, parfois monumentales ; l'œil a besoin de pauses. Ne tentez pas de tout voir. Sélectionnez trois ou quatre salles qui résonnent avec vos attentes, ou laissez-vous porter par les enchaînements thématiques.

Pratiquement, le bâtiment historique ouvre de 10h à 18h les mardis, mercredis et dimanches, et jusqu'à 21h les jeudis, vendredis et samedis. Fermé le lundi. Le billet d'entrée pour l'exposition permanente s'élève à 500 roubles, gratuit pour les moins de 18 ans, réduit de moitié avec une carte étudiante ISIC. Réservez en ligne sur la billetterie officielle du musée, surtout si vous visitez Moscou en été ou pendant les ponts du mois de mai. Les files d'attente aux caisses peuvent atteindre quarante minutes en haute saison.

Si vous hésitez entre les deux sites du musée, sachez que le choix dépend de vos préférences. Le bâtiment de Lavrouchinski convient aux amateurs d'art religieux et de patrimoine classique russe, dans une atmosphère de demeure bourgeoise du XIXe siècle. La Nouvelle Galerie de Krymski Val, elle, abrite Vroubel, Kandinsky, Malevitch et les avant-gardes qui ont bouleversé l'art européen avant d'être étouffées par le régime soviétique. Deux musées distincts, deux temporalités, deux expériences. Pour les passionnés, les combiner sur deux journées séparées reste l'idéal.

Moscou au-delà de la Tretiakov : prolonger sa découverte artistique dans la capitale russe

Une visite à la Galerie Tretiakov ouvre souvent l'appétit d'une exploration plus large du tissu artistique moscovite. Le quartier de Zamoskvoretchie, où s'élève le bâtiment historique de Lavrouchinski, mérite qu'on s'y attarde au-delà des salles du musée. Ses rues pavées, ses églises du XVIIe siècle aux coupoles chatoyantes, ses demeures de marchands réhabilitées forment un décor où le temps semble s'être figé. Flâner jusqu'au marché de Viaduc ou le long de la promenade de la Moskova permet de saisir cette atmosphère de "Moscou d'avant" que peignaient précisément les artistes exposés dans les collections du XIXe siècle.

Pour qui dispose de plusieurs jours dans la capitale, l'itinéraire classique associe naturellement la Tretiakov aux autres pôles culturels du centre. Le parcours moscovite sur trois jours intègre souvent cette étape aux environs du Kremlin et de la place Rouge, distants d'une vingtaine de minutes à pied ou de quelques stations de métro. La proximité géographique favorise ces enchaînements, même si chaque site mérite sa propre demi-journée. Le risque, en voulant tout embrasser, est de transformer l'expérience en course d'endurance où les chefs-d'œuvre finissent par se confondre dans une fatigue visuelle.

Le métro de Moscou, lui-même galerie d'art souterraine, offre une transition naturelle entre les deux sites de la Tretiakov. La station Tretyakovskaïa, aux mosaïques évoquant les grands maîtres russes, relie directement le bâtiment historique à d'autres axes culturels. Certaines stations, comme Komsomolskaïa ou Kievskaïa, valent presque une halte délibérée pour leurs décors staliniens grandioses. Cette dimension décorative du quotidien moscovite, souvent méconnue du visiteur pressé, prolonge la réflexion sur l'art russe engagée dans les salles de la galerie.

L'art sacré, si présent dans les collections d'icônes, trouve aussi son prolongement dans les églises actives de la capitale. La cathédrale du Christ-Sauveur, reconstruite dans les années 1990, ou les petites chapelles orthodoxes du vieux quartier offrent un contexte vivant à l'héritage byzantin que représente la Trinité de Roublev. Comprendre la fonction liturgique de ces images, leur manière d'être regardée par le croyant, éclaire différemment leur contemplation muséale. Le passage de l'une à l'autre approche, du religieux vécu au patrimoine esthétique, dessine les contours d'une culture où les frontières entre art et foi restent poreuses.

La Nouvelle Galerie de Krymski Val, de son côté, s'inscrit dans un territoire plus contemporain, proche du parc Gorki et des espaces de création émergents. Après une immersion dans les avant-gardes, il est tentant de poursuivre vers les galeries commerciales du quartier, les centres d'art alternatifs ou les cafés-ateliers où s'expérimente la scène artistique actuelle. Cette géographie en mosaïque, du musée institutionnel à la création vivante, dessine une Moscou en mouvement perpétuel, où chaque époque répond aux précédentes sans jamais les effacer. Pour les artistes et comédiens francophones qui gravitent autour de cette scène une fois rentrés en France, l'espace de petites annonces d'art-russe.com relaie gratuitement les castings et recherches liés à la culture russe.

Questions fréquentes

Faut-il choisir entre le bâtiment historique de Lavrouchinski et la Nouvelle Galerie de Krymski Val ?

Les deux sites forment un ensemble, mais ils ne se superposent pas. Le bâtiment historique, dans le vieux quartier de Zamoskvoretchie, rassemble les icônes et la peinture russe du XIe siècle au début du XXe. On y trouve la célèbre Trinité d'Andreï Roublev et les toiles monumentales du XIXe siècle par Répine, Sourikov ou Aïvazovski. La Nouvelle Galerie, elle, s'attache au XXe-XXIe siècle : Vroubel, Kandinsky, Malevitch, l'avant-garde russe et ses héritiers.

Quel est le meilleur moment pour visiter et combien de temps y passer ?

Le bâtiment historique ouvre à 10h et ferme à 18h les mardis, mercredis et dimanches, à 21h les jeudis, vendredis et samedis. Il est fermé le lundi. Ces horaires élargis en fin de semaine permettent d'échapper aux flux dominicaux et aux groupes scolaires du matin. Le jeudi soir, en particulier, offre une fréquentation plus digeste.

Combien coûte l'entrée et qui peut bénéficier de tarifs réduits ?

Le billet pour l'exposition permanente du bâtiment historique s'affiche à 500 roubles. Les moins de 18 ans entrent gratuitement. Les étudiants munis de la carte ISIC paient la moitié. Ces tarifs, modestes au regard de la richesse des collections, n'incluent pas les expositions temporaires qui peuvent faire l'objet de suppléments.

Quelles œuvres ne faut-il absolument pas manquer ?

La Trinité d'Andreï Roublev, chef-d'œuvre de l'art sacré russe, occupe une place à part. Conservée dans une salle qui lui est dédiée, elle attire naturellement les foules. Vaut mieux s'y rendre tôt le matin ou en soirée. Le XIXe siècle, lui, se déploie en plusieurs salles : les marines d'Aïvazovski, les scènes historiques de Sourikov, les portraits de Kramskoï, le réalisme cru de Répine, les paysages de Chichkine, l'élégance de Sérov.

Comment intégrer la Galerie Tretiakov dans un séjour à Moscou ?

Le bâtiment historique s'inscrit naturellement dans un itinéraire de trois jours à Moscou. Situé à quelques encablures de la Moskova, dans Zamoskvoretchie, il se combine avec une promenade le long de la rivière ou avec la visite du Kremlin et de ses monuments situés de l'autre côté. Le quartier lui-même, avec ses églises anciennes et ses rues basses, mérite qu'on s'y attarde.