Moscou, capitale mondiale des milliardaires
La Russie est l'un des pays qui comptent le plus de milliardaires au monde. Bien qu'une grande partie de la population vive avec des revenus modestes, le pays a vu émerger, depuis l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, des dizaines de « super riches » dont la plupart sont établis dans la capitale, Moscou.
Selon le classement Forbes de 2024, la Russie comptait environ 110 milliardaires, dont la richesse cumulée dépassait les 450 milliards de dollars. Moscou reste en 2026 l'une des villes abritant le plus grand nombre de milliardaires au monde, aux côtés de New York, Pékin, Hong Kong et Mumbai. Le quartier d'affaires Moscow City (Москва-Сити), avec ses gratte-ciel futuristes dominant la Moskova, est le symbole architectural de cette prospérité financière.
L'émergence des oligarques : les privatisations des années 1990
L'histoire des super-riches russes est indissociable des bouleversements économiques qui ont suivi la chute de l'URSS. Au début des années 1990, sous la présidence de Boris Eltsine, la Russie a lancé un vaste programme de privatisations visant à transformer l'économie planifiée en économie de marché. Des entreprises d'État colossales dans les secteurs de l'énergie, des métaux, des banques et des télécommunications ont été cédées à des prix dérisoires.
Un petit groupe d'entrepreneurs avisés, souvent issus des milieux scientifiques ou du commerce, a su tirer parti de ces opportunités historiques. Ces hommes, rapidement surnommés « oligarques » (олигархи), ont accumulé des fortunes considérables en quelques années. Le système des « prêts contre actions » (loans-for-shares) de 1995-1996, qui permettait d'acquérir des parts dans les géants industriels en échange de prêts à l'État, a constitué l'un des mécanismes les plus controversés de cette accumulation de richesses.
Le saviez-vous ? En 2008, Moscou comptait 74 milliardaires selon Forbes, dépassant même New York pour devenir temporairement la « ville la plus riche du monde ». Seize ans après l'effondrement de l'URSS, la Russie était déjà le deuxième pays au monde par le nombre de milliardaires, avec 87 grandes fortunes.
Roman Abramovich et les figures emblématiques
Roman Abramovich (Роман Абрамович) est sans doute l'oligarque russe le plus célèbre à l'international. Né en 1966, orphelin dès l'enfance, il a bâti une fortune colossale dans le secteur pétrolier durant les années 1990, notamment grâce à sa participation dans le géant Sibneft. Devenu mondialement connu après son rachat du club de football anglais Chelsea FC en 2003, Abramovich a été contraint de vendre le club en 2022 dans le contexte des sanctions internationales.
Parmi les autres figures marquantes de la richesse russe, on peut citer Vladimir Potanine, souvent considéré comme l'homme le plus riche de Russie avec une fortune estimée à plus de 30 milliards de dollars, bâtie sur l'empire minier et métallurgique de Norilsk Nickel. Vagit Alekperov, fondateur de Lukoil, et Leonid Mikhelson, à la tête du groupe gazier Novatek, figurent également parmi les plus grandes fortunes du pays.
D'autres noms marquent l'histoire des oligarques russes : Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron de Ioukos et autrefois l'homme le plus riche de Russie, emprisonné de 2003 à 2013 pour fraude fiscale dans une affaire largement perçue comme politique, ou encore Mikhaïl Prokhorov, magnat de l'industrie minière et ancien propriétaire des Brooklyn Nets en NBA.
Les secteurs de la richesse russe
Les grandes fortunes russes se concentrent historiquement dans quelques secteurs stratégiques. L'industrie pétrolière et gazière reste le pilier de la richesse nationale : la Russie possède les plus grandes réserves de gaz naturel au monde et figure parmi les trois premiers producteurs mondiaux de pétrole. Les magnats de l'énergie comme ceux de Lukoil, Rosneft ou Novatek dominent le classement des plus grandes fortunes.
Le secteur des métaux et de l'exploitation minière constitue un autre pilier fondamental. L'entreprise Norilsk Nickel, premier producteur mondial de nickel et de palladium, est au cœur de plusieurs grandes fortunes. L'aluminium (via Rusal), l'acier (via Severstal et NLMK) et les engrais (via EuroChem et PhosAgro) complètent le tableau des richesses industrielles russes.
Plus récemment, les secteurs de la technologie et de l'internet ont vu émerger de nouvelles fortunes. Le fondateur de VKontakte et Telegram, Pavel Durov, ou encore les créateurs de Yandex, le « Google russe », représentent une nouvelle génération de milliardaires russes dont la richesse repose sur l'innovation technologique plutôt que sur les ressources naturelles.
Où vivent les riches russes ?
Le quartier le plus prisé des millionnaires et milliardaires russes est Roubliövka (Рублёвка), une zone résidentielle de luxe située à l'ouest de Moscou le long de la Rubliovskoïé Chaussée. Surnommée le « Beverly Hills russe », Roubliövka abrite des villas somptueuses entourées de forêts de bouleaux, avec des prix immobiliers parmi les plus élevés d'Europe. C'est là que résident de nombreux hauts fonctionnaires, hommes d'affaires et célébrités russes.
À Moscou même, les quartiers de Patriarchie Prudí (les Étangs du Patriarche), de l'Arbat et du centre historique concentrent les appartements de luxe les plus recherchés. Le quartier d'affaires Moscow City attire quant à lui ceux qui préfèrent un mode de vie ultra-moderne dans des tours résidentielles de standing international.
En dehors de Moscou, Saint-Pétersbourg accueille également une élite fortunée, tandis que la station balnéaire de Sotchi sur la mer Noire est devenue un lieu de villégiature prisé depuis les Jeux olympiques d'hiver de 2014.
Richesse et inégalités en Russie
La concentration de richesses en Russie soulève des questions profondes sur les inégalités sociales. Selon le rapport World Inequality Lab, la Russie est l'un des pays les plus inégalitaires au monde : les 1 % les plus riches détiennent environ 47 % de la richesse nationale, un chiffre supérieur à celui des États-Unis ou de la France.
Le contraste entre l'opulence moscovite et la réalité des régions rurales est saisissant. Tandis que les boutiques de luxe de la rue Tverskaïa rivalisent avec celles de la Cinquième Avenue ou des Champs-Élysées, de nombreuses régions de Sibérie, de l'Oural ou du Caucase connaissent des niveaux de vie bien inférieurs à la moyenne nationale. Ce fossé entre les « deux Russies » reste l'un des défis sociaux majeurs du pays.