Le Kremlin de Moscou, siège du pouvoir présidentiel russe, vu depuis la Moscova

Une victoire écrasante et attendue

Le 4 mars 2012, Vladimir Poutine remporte l'élection présidentielle russe avec un score écrasant de près de 64% des suffrages exprimés. Ce résultat, bien qu'attendu par l'ensemble des analystes politiques et des instituts de sondage, dépasse encore les prévisions les plus optimistes de son camp. Le candidat du parti Russie Unie s'impose dès le premier tour, confirmant son emprise considérable sur la vie politique russe.

Cette victoire marque le retour au Kremlin de celui qui avait déjà dirigé la Russie en tant que président de 2000 à 2008. Après quatre années passées au poste de Premier ministre sous la présidence de Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine retrouve la fonction suprême et entame un troisième mandat présidentiel, cette fois-ci d'une durée de six ans au lieu des quatre années habituelles, grâce à une réforme constitutionnelle adoptée en 2008.

Le Kremlin de Moscou illuminé
63,6%
Voix pour Poutine
5
Candidats en lice
6 ans
Durée du mandat

Les candidats de l'élection de 2012

Cinq candidats se sont présentés face aux électeurs russes lors de ce scrutin présidentiel. Bien que Vladimir Poutine ait largement dominé la campagne, chacun de ses adversaires représentait un courant distinct du paysage politique russe, offrant aux citoyens un choix entre différentes visions pour l'avenir du pays.

Résultats officiels de l'élection

  • Vladimir Poutine (Russie Unie) -- 63,6% des voix. Ancien président (2000-2008), ancien Premier ministre (2008-2012).
  • Guennadi Ziouganov (Parti communiste - KPRF) -- environ 17,2% des voix. Principal opposant historique, candidat pour la quatrième fois.
  • Vladimir Jirinovski (Parti libéral-démocrate - LDPR) -- environ 8% des voix. Nationaliste populiste, figure incontournable de la Douma.
  • Mikhail Prokhorov (indépendant) -- environ 7,5% des voix. Milliardaire et homme d'affaires, candidat pour la première fois.
  • Sergueï Mironov (Russie Juste) -- environ 3,7% des voix. Centriste et ancien président du Conseil de la Fédération.

Guennadi Ziouganov, le communiste historique

Guennadi Ziouganov, leader du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), est le principal adversaire de Poutine dans cette élection avec près de 17,2% des voix. Figure emblématique de la gauche russe, il dirige le KPRF depuis 1993 et se présente pour la quatrième fois à une élection présidentielle, après ses tentatives de 1996 (où il avait atteint le second tour face à Boris Eltsine), 2000 et 2008. Son programme prône un retour partiel à l'économie planifiée, la nationalisation des secteurs stratégiques et une politique sociale plus généreuse.

Vladimir Jirinovski, le populiste nationaliste

Vladimir Jirinovski, fondateur et leader du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), recueille environ 8% des suffrages. Malgré le nom de son parti, Jirinovski est connu pour ses positions ultranationalistes et ses déclarations provocatrices. Député à la Douma d'État depuis 1993, il est une figure récurrente des élections présidentielles russes, se présentant pour la cinquième fois en 2012. Son style flamboyant et ses sorties médiatiques en font un personnage incontournable de la scène politique russe.

Mikhail Prokhorov, le milliardaire novice

Mikhail Prokhorov, l'un des hommes les plus riches de Russie et propriétaire de l'équipe de basketball des Brooklyn Nets aux États-Unis, se lance pour la première fois en politique avec environ 7,5% des voix. Présenté comme le candidat de la modernisation et du libéralisme économique, il attire une partie de l'électorat urbain et éduqué des grandes villes, notamment Moscou et Saint-Pétersbourg. Sa candidature est perçue par certains observateurs comme une tentative de canaliser le mécontentement de la classe moyenne montante.

Sergueï Mironov, le centriste discret

Sergueï Mironov, leader du parti Russie Juste, termine dernier avec environ 3,7% des voix. Ancien président du Conseil de la Fédération (la chambre haute du Parlement russe) de 2001 à 2011, Mironov représente une opposition modérée et social-démocrate. Son parti se positionne comme une alternative centriste, favorable à des réformes sociales progressives sans rupture radicale avec le système en place.

Le parcours politique de Vladimir Poutine

Pour comprendre l'ampleur de cette victoire électorale, il convient de retracer le parcours exceptionnel de Vladimir Vladimirovitch Poutine. Né le 7 octobre 1952 à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), il grandit dans un appartement communautaire modeste de l'ancienne capitale impériale. Diplômé en droit de l'Université de Leningrad en 1975, il intègre aussitôt le KGB, les services de renseignement soviétiques, où il servira pendant seize ans, notamment en poste à Dresde en Allemagne de l'Est.

Après la chute du mur de Berlin et la dissolution de l'URSS, Poutine quitte le KGB et entame une carrière politique à Saint-Pétersbourg aux côtés du maire réformateur Anatoli Sobtchak. Il rejoint ensuite l'administration présidentielle à Moscou en 1996 et gravit rapidement les échelons du pouvoir. En août 1999, le président Boris Eltsine le nomme Premier ministre, avant de démissionner le 31 décembre 1999, faisant de Poutine le président par intérim de la Fédération de Russie.

Les dates clés de la carrière de Poutine

1975-1991 : Agent du KGB, en poste notamment à Dresde (RDA).

1991-1996 : Adjoint du maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak.

1999 : Nommé Premier ministre par Boris Eltsine, puis président par intérim le 31 décembre.

2000-2008 : Président de la Fédération de Russie (deux mandats de quatre ans).

2008-2012 : Premier ministre sous la présidence de Dmitri Medvedev.

2012 : Réélu président pour un mandat de six ans.

Le tandem Poutine-Medvedev

L'un des aspects les plus commentés de la vie politique russe entre 2008 et 2012 est le fonctionnement du "tandem" entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. En 2008, la Constitution russe interdisant trois mandats présidentiels consécutifs, Poutine ne peut se représenter. Il soutient alors la candidature de son proche allié Dmitri Medvedev, juriste et ancien directeur de Gazprom, qui remporte l'élection présidentielle avec plus de 70% des voix.

Medvedev, devenu président, nomme immédiatement Poutine au poste de Premier ministre, créant ainsi un système de gouvernance bicéphale inédit en Russie. Si Medvedev dispose formellement de tous les pouvoirs présidentiels et lance quelques initiatives de modernisation, notamment dans le domaine technologique avec le projet Skolkovo, de nombreux observateurs considèrent que Poutine conserve une influence déterminante sur les grandes orientations politiques du pays. Tous deux appartiennent au parti Russie Unie (Единая Россия), formation politique dominante fondée en 2001.

En septembre 2011, lors du congrès de Russie Unie, Medvedev annonce qu'il ne se représentera pas et propose la candidature de Poutine à la présidence, confirmant aux yeux de beaucoup que cet échange de postes était planifié depuis le début. Après l'élection de 2012, Medvedev retrouve à son tour le poste de Premier ministre, bouclant ainsi la rotation.

Le système politique russe

La Fédération de Russie est une république fédérale semi-présidentielle. Le président, élu au suffrage universel direct, dispose de pouvoirs très étendus : il nomme le Premier ministre (président du gouvernement), dirige la politique étrangère et la défense, peut dissoudre la Douma d'État et dispose d'un droit de veto sur les lois.

Le Parlement russe, appelé Assemblée fédérale, se compose de deux chambres : la Douma d'État (chambre basse, 450 députés élus pour cinq ans) et le Conseil de la Fédération (chambre haute, représentant les 85 sujets fédéraux). Lors des élections législatives de décembre 2011, qui ont précédé la présidentielle, Russie Unie a conservé la majorité à la Douma, bien qu'avec un score en baisse par rapport à 2007.

Les quatre principaux partis représentés à la Douma sont Russie Unie, le Parti communiste (KPRF), le Parti libéral-démocrate (LDPR) de Jirinovski et Russie Juste de Mironov. Ce paysage partisan, relativement stable depuis les années 2000, reflète la structuration du système politique russe autour du pouvoir présidentiel et du parti dominant.

Une élection contestée

Malgré l'ampleur de la victoire de Poutine, l'élection de 2012 n'est pas exempte de controverses. Les principaux opposants, notamment Ziouganov et Jirinovski, dénoncent des irrégularités dans de nombreux bureaux de vote à travers le pays. Des observateurs électoraux, tant russes qu'internationaux, signalent des cas de bourrages d'urnes, de carrousels électoraux (électeurs transportés de bureau en bureau pour voter plusieurs fois) et de pressions exercées sur certains fonctionnaires et employés d'entreprises publiques.

Les élections législatives de décembre 2011 avaient déjà déclenché un vaste mouvement de protestation dans les grandes villes russes, avec des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes à Moscou sur la place Bolotnaïa et l'avenue Sakharov. Ces mobilisations, les plus importantes depuis la chute de l'URSS, se poursuivent après la présidentielle de mars 2012 et témoignent d'une aspiration au changement politique dans une partie de la société russe, principalement urbaine et éduquée.

L'investiture de Vladimir Poutine a lieu le 7 mai 2012 au Kremlin, lors d'une cérémonie officielle au Grand Palais du Kremlin. Il prête serment sur la Constitution et entame son troisième mandat présidentiel, ouvrant un nouveau chapitre de l'histoire politique de la Russie contemporaine.

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